Tierra Madre. Du Mexique à la maternité : un chemin de reconnexion, de transmission et de sens

Tierra Madre. Du Mexique à la maternité : un chemin de reconnexion, de transmission et de sens

Mes origines, car tout est lié

Je suis née et j’ai grandi à Mexico, dans un environnement où le collectif, les femmes et les rituels du quotidien étaient très présents… même sans être nommés comme tels.

J’ai grandi dans une grande famille, avec une présence forte du matriarcat. Des femmes qui travaillent dur, qui se soutiennent, qui prennent soin les unes des autres.

Il y avait déjà cette transmission invisible, dans les gestes, dans la manière de prendre soin.

Le Mexique est un pays profondément contrasté, avec des réalités sociales très marquées. Moi, je me suis toujours sentie entre plusieurs mondes.

Même si je n’ai pas grandi à la campagne et que j’ai eu une éducation privilégiée, j’ai toujours été très proche de la culture populaire de mon pays.

Une grande partie de mon enfance s’est déroulée dans le marché de mon quartier, où mes parents tenaient des commerces. J’y passais mes après-midis après l’école.

Les marchés, au Mexique, c’est la vie. C’est là que tout se tisse : le lien communautaire, la relation au vivant, les plantes, les saisons, les fêtes… la joie et les traditions.

Chez moi, les remèdes de grand-mère faisaient partie du quotidien.

Ma voisine soignait nos angines avec des sudations, du bicarbonate, des tomates…

Les notions de chaud, de froid, de « l’aire » qui entre dans le corps faisaient partie de notre réalité.


Ce que la maternité a éveillé en moi

La maternité a été un véritable passage.

Pas seulement devenir mère, mais une transformation intérieure profonde.

Elle a réveillé en moi une sensibilité nouvelle au corps, aux cycles, au lien… mais aussi une lucidité sur la manière dont les bébés débutent leur vie et sur la façon dont les femmes sont soutenues ( ou non ) dans cette transition.

Pendant mon post-partum, je me suis sentie seule. Traversée par des conflits intérieurs et beaucoup de culpabilité… de me sentir ainsi dans une réalité où “tout va bien”, où “je ne pouvais pas demander plus”.

Avec le recul, je comprends que cela venait en grande partie de l’isolement, du choc culturel, du manque d’écoute de mes besoins profonds… et de mon besoin de temps. Ma tribu était loin.

Et c’est là que quelque chose s’est ouvert.

Je me suis rendue compte à quel point beaucoup de savoirs autour de la naissance et du post-partum avaient été mis de côté ici.

Un besoin profond est né : revenir à l’essentiel, recréer du lien, redonner une place à ces savoirs pour les femmes.

La maternité m’a reconnectée à une mémoire corporelle, et a encore amplifié ma mémoire culturelle.

Elle a éveillé en moi :

  • une reconnexion aux rythmes dans un monde très rapide
  • une attention au lien plutôt qu’à la performance
  • une écoute intérieure plus fine
  • une envie de transmission très forte

TIERRA MADRE existait déjà en moi avant ma grossesse.

Mais la maternité a tout amplifié, clarifié, aligné.

Ce besoin de reconnexion, d’alignement, de cohérence, de pleine présence et de transmission a pris toute la place.


La genèse de TIERRA MADRE

TIERRA MADRE est née autour de 2018, et s’est concrétisée en France en 2020.

C’est d’abord un désir profond de créer avec ma sœur.

Un désir de rester connectées à ce qui nous nourrit profondément : les gens, les cultures, les traditions, l’artisanat de notre pays , mais sans folklore.

Dans une approche vivante, respectueuse, incarnée.

Le Mexique compte 68 peuples autochtones et plus de 60 langues encore parlées aujourd’hui.

TIERRA MADRE s’inscrit dans cette richesse.

C’est un projet de reconnexion et de transmission autour de :

  • nos origines
  • notre nature et notre corps
  • des savoirs et des objets vivants
  • la majestuosité de leurs origines et de leurs territoires

Nous créons des ponts.

Nous proposons des objets et des expériences avec conscience, respect et traçabilité.

Tout a commencé par la rencontre avec des familles d’artisans, lors de mes voyages dans différents États : Estado de México, Oaxaca, Chiapas, Puebla… Puis est née une boutique physique à Todos Santos, en Basse-Californie.

Aujourd’hui cette boutique et son Patio est devenue un projet familial. Mes parents travaillent avec nous.

On y trouve des objets artisanaux issus de différents territoires et savoir-faire, mais aussi des ateliers autour de la poterie, de l’herboristerie, de la reconnexion à soi et aux autres, ainsi que des espaces de rencontre entre femmes.

Et puis il y a ces moments simples, essentiels : les week-ends où mes parents cuisinent, où ma sœur prépare le cacao… des moments de vie, de partage.

On ne transmet pas des traditions figées. On ouvre des espaces pour se reconnecter.


Le rebozo : bien plus qu’un tissu

Le rebozo est bien plus qu’un tissu.

Au Mexique, c’est un objet du quotidien, profondément ancré dans la vie des femmes, en particulier dans les villages.

Il sert à porter, à couvrir, à soutenir, à contenir. Il accompagne la grossesse, l’accouchement, les moments de fête, les gestes du quotidien.

Il fait partie des vêtements traditionnels, mais aussi de l’intime.

C’est un outil à la fois fonctionnel et symbolique.

Selon son tissage et ses motifs, il peut représenter une région, une communauté, une identité.

Il accompagne les grandes étapes de la vie des femmes.

 

Le rebozo en France : entre engouement et responsabilité

Mon lien au rebozo s’est approfondi à travers TIERRA MADRE et la rencontre avec les tisserands.

Comprendre la valeur du travail, la symbolique de chaque pièce, ses origines… a été fondamental.

Puis il y a eu les soins que j'ai reçu avec : le Mantéo et la Cerrada. Souvent traduits ou adaptés comme “soin rebozo” et "rituel rebozo"en France, ça a été pour moi une voie de reconnexion très profonde... à mon corps, à ma voix intérieure, à ma posture de femme, de mère et d’accompagnante.

Donner un soin ou proposer un rituel avec le rebozo me place dans un état de connexion et de ressenti corporel très particulier.

En France, il y a un réel engouement pour le rebozo, et c’est précieux. Mais parfois, son usage est déconnecté de son contexte.

Le mot devient générique, on confond l’objet et les gestes, on simplifie des pratiques profondes. Ce n’est pas une critique, c’est une invitation. Aller au-delà des termes parfois commerciaux, pour retrouver le sens.

Parce que sans le sens, on perd une partie de sa puissance. Et surtout, se poser cette question essentielle :

Est-ce qu’on consomme une tradition… ou est-ce qu’on l’honore ?


Le choix du rebozo : un engagement

Chez TIERRA MADRE, chaque objet est choisi pour son histoire, sa qualité, et les personnes et territoires qu’il représente.

Concernant le rebozo, le choix du tissu est fondamental. Tous ne sont pas adaptés à l’accompagnement. Le tissage, la densité, la souplesse, la résistance changent tout.

Pour les doulas et les sages-femmes, c’est essentiel d’avoir un outil juste, sécurisant, qualitatif, respectueux du corps.


Transmettre autrement

Dans mes formations, je reviens toujours à l’essence.

On apprend les gestes, bien sûr.

Mais surtout, on travaille le sens, la posture, la qualité de présence.

Les soins avec rebozo ne sont pas qu’une technique. C’est un outil relationnel qui a ses propres propriétés et qui véhicule un savoir être.

Le mantéo, notamment, ouvre à une compréhension profonde du corps, qui passe par le ressenti plus que par le mental.

Dans mes transmissions, je relie : objet, gestes, contexte, conscience et présence.


Une intention claire

Aujourd’hui, je propose des formations et des ateliers en France, en petits groupes, pour préserver une qualité de présence et de transmission.

Mais au-delà de la formation, mon intention est claire :

Apporter davantage de clarté et contribuer à créer un réseau de femmes qui accompagnent avec le rebozo avec justesse, profondeur et respect.

Un réseau dans le respect de la culture, les origines, le sens, mais aussi dans le respect du temps nécessaire à l’intégration, et dans la qualité d’accompagnement que les femmes méritent.

Parce que transmettre, ce n’est pas seulement apprendre un geste. C’est porter une responsabilité. Et honorer ce qui nous a été confié.

 

Je partage avec amour, 

Zulma

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