L’impact des tissus dans les soins avec Rebozo
En France, on parle souvent du Soin Rebozo (une traduction trop générique à mon goût - Mantéo / mantéada on l'appelle en espagnol).
On dit que c’est un soin où les tissus deviennent une extension des bras de la personne qui accompagne. On dit aussi que le rituel Rebozo est une cérémonie issue des traditions et de la médecine ancestrale mexicaines, un accompagnement qui soutient, recentre, rassemble le corps et l’esprit des femmes lors des grandes transitions de vie.
Tout cela est vrai. Et pourtant, le Rebozo fait bien plus que ce qu’on trouve dans ces définitions.
Ce n’est pas un hasard si l’objet (le tissu lui-même ) occupe une place si centrale.
Cette fois-ci, j’ai envie de mettre l’accent sur lui. Pas sur les gestes, ni sur les soins, mais sur le Rebozo en tant qu’objet vivant, porteur de sens, d’histoire et d’impact.
Pourquoi parler de l’objet ?
Si vous avez choisi d’explorer ces soins, ou d’intégrer le Rebozo dans vos accompagnements en tant que professionnel·le, une question mérite d’être posée :
quel est votre engagement vis-à-vis du tissu que vous utilisez ?
qu'est-ce que cela implique d'utiliser ce mot : Rebozo ?
Laissons les gestes pour une autre fois.
Nommer justement, c’est déjà respecter
Le Rebozo n’est ni le geste, ni le soin, ni l’approche de quoi que ce soit.
Le Rebozo est un objet textile traditionnel, profondément lié à une origine précise : le Mexique, et certains territoires d’Amérique centrale comme le Guatemala.
Dans d’autres régions d’Amérique latine, on trouve d’autres tissus traditionnels, tout aussi riches, qui accompagnent les corps au quotidien, mais ils portent d’autres noms, d’autres histoires.
Nommer le Rebozo pour ce qu’il est participe à sa valorisation, et évite de diluer son sens.
Le choix du tissu impacte directement vos accompagnements
Un tissu choisi sans conscience, ou de mauvaise qualité, se ressent immédiatement.
Il glisse, il est trop raide ou trop mou, désagréable à prendre en main. Il demande un effort physique supplémentaire. Il “fait le travail”, mais sans apporter ce qu’il est censé offrir, ni à la personne accompagnée, ni à celle qui accompagne.
Le sujet des tissus est encore trop peu abordé dans les transmissions en France. On trouve même à la vente des tissus très colorés, trop ajourés, rigides, parfois présentés comme mexicains, ou pire, des châles quasi identiques fabriqués en Inde. Le manque de justesse est flagrant.
Contactez moi si vous vous questionnez autour du tissu, nous avons desormais un lieu ressource dedié chez le Village des vailleuses à Paris 11.
La traçabilité n’est pas un détail
Derrière un Rebozo tissé de manière artisanale, il y a des personnes, des familles, parfois des lignées entières, qui défendent un savoir-faire transmis depuis des générations. Il y a une patience, une précision, un engagement réel dans la préservation de techniques ancestrales.
Même au Mexique, tous les tissus ne se valent pas.
L’univers du Rebozo est vaste : chaque région a ses matières, ses tensions de fil, ses techniques de tissage. Tous les Rebozos ne sont pas adaptés aux soins corporels, loin de là.
Aujourd’hui, le métier d’artisan tisserand est en danger. Les copies sont nombreuses, produites à grande échelle, souvent en Asie, sans considération pour l’impact humain, culturel ou économique. Sur les marchés touristiques au Mexique, on trouve des “Rebozos” fabriqués en Chine, ou des tissus de très mauvaise qualité, à l’origine floue.
En France, certaines marques vont jusqu’à copier et reproduire ces tissus en Inde, vidant l’objet de son sens.
Un Rebozo, comme un vin, porte les caractéristiques de son territoire. Après avoir visité des ateliers, observé le travail minutieux des tisserands, leur passion, leur dédication, leur patience… cette évidence devient impossible à ignorer.
Les tissus, un langage universel du soin
Il est important de rappeler que de nombreuses cultures à travers le monde ont toujours accompagné les corps à l’aide de tissus traditionnels. Chaque culture ancienne possède sa propre compréhension du corps, ses gestes spécifiques, ses rituels : encaderadas, bengkung, waltaska…
Les formes diffèrent, mais l’intention reste la même : contenir, soutenir, rassembler.
Un chemin exigeant et profondément transformateur
Choisir le chemin du Rebozo est riche, puissant, transformateur.
Mais ce chemin demande conscience, justesse et engagement.
Le respect d’une culture n’est pas une idée abstraite.
Il s’agit de personnes réelles, d’un métier vivant, de savoir-faire menacés.
Nos choix ici ont des impacts ailleurs.
Et le Rebozo, en tant qu’objet, nous invite précisément à cette responsabilité.